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Les modèles américains et européens : 2ème partie

jeudi 13 mars 2008, par Eagledesert

A - La NBA : un modèle fermé et collectiviste pour une logique de profit

A-1 : Les spécificités :

La NBA se particularise par le fait qu’elle a toujours visé non pas le gain sportif mais financier, a adopté un mode de participation au championnat par achat d’un « franchise », une organisation immuable de compétition fermée sans accession et rétrogradation, une absence totale de lien entre le territoire et les autres niveaux de pratiques (NCAA et Lycées) et surtout des mécanismes de régulation assurant un harmonisation des ressources entre « franchises ».

A-2 : Un modèle mutualiste :

Du point de vue de l’organisation, les clubs forment l’actionnariat de la ligue, le « commissionner » étant élu par les propriétaires ; elle détermine les modalités d’accueil de nouvelles franchises dans le strict respect des autres, en considérant toutefois qu’aucun vide sur le marché local (les grandes villes nord américaines) ne doit être laissé.
Chaque « club » est une entreprise ayant acquitté un droit d’entrée variant en fonction de la taille de la ville, licence qui lui permet d’avoir toute latitude pour maîtriser l’intégralité de la filière : de la production d’images à leur diffusion en passant par l’exploitation des produits dérivés, y compris (surtout à l’heure actuelle) vers l’international.
Concernant le mode de fonctionnement, pas de « montée » ou de « descente », cela permet de s’atteler au seul but de la « franchise », maximiser le profit.
Pour autant cette stabilité ne signifie pas immobilisme mais au contraire permet aux équipes de concevoir et de mettre en œuvre des stratégies sur la durée sans supporter la contre partie de l’aléa du résultat.

Ils n’en reste pas moins que comme tout spectacle sportif, les clubs sont à la fois concurrents sur le terrain mais associés dans la production du spectacle, aussi pour préserver l’intérêt sportif donc marchand, des mécanismes de régulation ont été instaurés.

A-3 : Les mécanismes de régulation :

*Le Sport Broadcasting Act (1961) : L’obtention d’une dérogation des lois anti-trust accordée aux ligues professionnelles permet la vente centralisée des droits commerciaux et de retransmission télévisuelle ; partant du principe que le pouvoir de négociation de la ligue sera toujours supérieur à celui d’une négociation individuelle.
Le gain est évident mais l’harmonisation n’en est pas oubliée puisque si tous les clubs n’effectuent pas les mêmes ventes (du temps de leur splendeur les Bulls représentaient 40% des ventes de la ligue), la redistribution fait que chaque « franchise » perçoit strictement la même redistribution, 1/29ème.
Des différences de richesses entre « franchises » sont observables mais reposent marginalement sur les contrats locaux (annonceurs et télévisions), sur les recettes guichets et les capitaux injectés par les actionnaires, en somme sur l’efficacité/inefficacité de leur stratégie et non en raison d’une inégalité appliquée par la ligue.

*Le Salary Cap (1984) : S’agissant de ce mécanisme, il s’agit d’un plafonnement salarial identique pour chaque équipe, calculé chaque année suivant le rapport pourcentage du chiffre d’affaire de la ligue et nombre de clubs.
Son intérêt est fondé dans le fait d’éviter que les joueurs les mieux payés et à priori les meilleurs, se concentrent au sein de quelques équipes, égalisant ainsi les chances de chacun de les attirer.

*La Draft (1950) : La philosophie de cette mesure recoupe la négation de la concurrence entre clubs et limite le choix des joueurs intégrant la ligue.
Son principe est simple : à l’issue de la saison, les experts classent les joueurs issus de NCAA, des ligues mineurs ou des championnats étrangers selon leur valeur sportive de façon décroissante alors que les équipes les choisissent dans un ordre croissant.
Par là s’exprime pleinement le souci de rééquilibrer les valeurs sportives, de perpétuer l’incertitude des résultats et in fine assurer une rotation la plus importante possible des équipes en haut de la hiérarchie sportive.

*La mobilité géographique des franchises : La licence d’exploitation étant attribuée à un propriétaire et non une ville, avec l’accord de la ligue, chaque « franchise » peut rechercher les conditions optimales de sa rentabilité.
Cela reste en outre, un moyen de pression conséquent sur les élus, principalement dans le financement des salles ou pour bénéficier d’exonérations fiscales.
A titre d’information, 17 délocalisations entre 1960 et 1984 pour 3 depuis, preuve s’il en est de la pression exercée.

A-4 : L’enjeu de la salle :

La salle recoupe la gestion individuelle propre à chaque club car ne faisant pas partie des règles collectivistes de partage : chaque franchise conserve l’intégralité des recettes guichets.
L’enjeu est multiple :

*Une stratégie très simple : aller au-delà du simple billet ; attirer les spectateurs en famille, leur offrir diverses formes de divertissements et de multiples services.
*Un renouvellement de la salle : permettant de renouveler le public, amener une nouvelle clientèle plus aisée donc plus dépensière, d’ailleurs chaque déménagement de salle s’accompagne d’une augmentation du prix des billets.
*Le Naming : Il consiste à concéder le nom de l’enceinte à un sponsor moyennant une importante contrepartie financière ; ce mode sécurise le financement du projet lorsque propriétaires de la franchise et de la salle sont les mêmes, par contre lorsque le coût est supporté par le contribuable, se pose la question de la pertinence de l’investissement, d’autant plus quand pas mal d’experts estiment que les retombées sur l’activité locale sont surévaluées.

La pertinence des efforts financiers colossaux demandés aux élus et contribuables se discute, quand parallèlement les salaires des joueurs vont croissants.
289% d’augmentation de 1990 à 1999, augmentation due pour partie à la « Larry Bird Exception » (le salaire d’un joueur n’entrant pas dans le calcul du Salary Cap dès lors que le joueur évolue depuis au moins dix ans dans le même club) et pour autre par l’absence de montant de transfert comme c’est le cas en Europe.
Mais la réelle problématique économique de la NBA touche à l’efficacité de ses mécanismes de régulations ; pour les raisons évoquées plus haut, la surenchère entre clubs se fait croissante, l’équilibre compétitif est affecté par la diminution de l’incertitude (seulement 5 clubs ont conquis le titre en près de 20 ans).

La suite et fin à lire demain !