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René Le Goff : « Pas de culture de playoffs en France »

mercredi 7 février 2007, par Sylvain Liron

Dans la première partie de cet entretien exclusif avec le président de la Ligue Nationale de Basket, René Le Goff nous dévoile ses grands projets pour notre championnat et revient notamment sur la Superligue. Le Goff revient également sur la traditionnelle question du basket à Paris.

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René Le Goff

Basket Info : Pourquoi créer la Superligue ?

René Le Goff : « Nous avions conscience que l’on perdait notre compétitivité par rapport aux autres pays. Il fallait réintégrer le peloton européen. D’autres l’ont fait avant nous. Le basket belge était en difficulté dans les années 90 et a retrouvé un certain niveau. Le basket allemand n’existait pas avant qu’il se réforme dans les années 90. »

Basket Info : A quoi ressemblera-t-elle ?

René Le Goff : « La Superligue débutera lors de la saison 2009-2010 en raison des élections municipales qui auront lieu en 2008. Le schéma initial était de 14 + 16 clubs dans les deux divisions professionnelles avec des critères minimaux imposés (capacités des salles, budgets, etc). Il a été remis en cause par un décret du ministère des Sports en février dernier, interdisant aux Fédérations d’imposer des normes. En l’état actuel des choses, les critères d’admission ne sont pas décidés. »

Basket Info : Que va-t-il alors se passer ?

René Le Goff : « On garde le système si on peut. Sinon, on reste dans un schéma d’accession classique. On est victimes d’un contexte français rétrograde, de lobbies d’élus locaux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Je regarde d’ailleurs avec beaucoup d’attention la tentative de la Fédération anglaise de rugby de tenter d’imposer là-bas une ligue fermée. S’ils réussissent, ce sera un exemple et je pense que l’Euroleague s’en inspirera. »

Basket Info : Vous avez émis l’idée d’organiser un Final Four pour désigner le champion alors que ça n’existe nulle part ailleurs. Pourquoi ?

René Le Goff : « La culture basket n’est pas la même. Ici, nous n’avons pas la culture des playoffs. On voulait que le basket soit harmonisé mais que ce soit en trois ou en cinq manches, c’est une catastrophe sur le plan de la mobilisation des spectateurs. On a le choix entre le statu quo et rester qu’avec les fans ou alors d’essayer de médiatiser ce sport. Pour intéresser le grand public, il y a deux approches : la finale sèche comme aujourd’hui ou le Final Four. »

Basket Info : Beaucoup jugent la formule injuste.

René Le Goff : « Le rugby fait la même chose et personne n’est choqué. C’est vrai que c’est injuste mais il faut savoir ce que l’on veut. Rester dans notre coin ou médiatiser l’évènement. On le fera d’ailleurs uniquement si on a l’accord de la TV. Canal + diffuse le Final Four NCAA, tout comme celui de l’Euroleague. Il faut regarder l’histoire. Dans les années 50, ça se passait déjà comme ça mais tout le monde l’a oublié. »

Basket Info : Revenons au développement économique. Pourquoi mettre l’accent sur l’agrandissement des salles ?

René Le Goff : « C’est notre axe majeur de développement. Entre 3000 et 10 000 billets vendus, il y a une différence non négligeable. Nous devons réussir à séduire au delà du simple fan et faire venir le grand public. A terme, le fan pur ne doit pas représenter plus de 30% du public. Des équipements plus modernes permettront aussi d’augmenter les recettes VIP. Les Espagnols l’ont compris et ont dépassé récemment les 8000 spectateurs de moyenne lors d’une journée de saison régulière. C’est une démarche du basket pro à l’échelon européen. Il n’y a pas de fatalité. »

Basket Info : Agrandir sa salle est aussi primordial en vue de l’Euroleague ?

René Le Goff : « Oui, ça a déjà été acté par l’ULEB. A partir de 2009, une salle de 9000 places sera obligatoire pour tout club désirant participer à l’épreuve. Une dérogation pourra être attribuée aux clubs historiques, comme Pau, dont la salle a une capacité voisine. L’ULEB Cup aussi d’ailleurs, nécessitera un outil de 5000 places, ce qui explique notre choix initial. C’est d’ailleurs curieux. Quand c’est l’Europe qui décide, les collectivités acceptent de suivre sans rechigner mais quand c’est à l’échelon national, elles traînent des pieds. »

Basket Info : Qu’en est-il de la télévision ?

René Le Goff : « Il n’y a pas de miracle, la télé ne vient à vous que si vous êtes attractif. Les sports de salle ont particulièrement souffert ces derniers temps. Nous avons inversé la tendance mais nous restons dans une phase de reconstruction. Nos droits télé cette année s’élèvent à 1,2M d’euros, une fois les différentes taxes acquittées (NDLR : environ 1 milliard de dollars annuels pour la NBA). »

Basket Info : Comment changer les choses ?

René Le Goff : « Nous devons être capables de produire un beau spectacle. Nous avons décidé de relooker les salles, j’ai demandé à ce que les caméras soient placées face aux bancs (et plus dans leur dos), que ce soit filmé comme le basket US. J’ai aussi imposé qu’il n’y ait plus de pub sur le cul des joueurs. »

Basket Info : L’ACB produit ses propres images. Pourquoi ne pas l’imiter ?

René Le Goff : « C’est beaucoup trop cher. Ils ont actuellement 60 salariés, soit autant que la Ligue de foot ici. Nous, on progresse mais on en a que 10. On tente d’améliorer la visibilité du basket à notre échelle avec un site internet plus attractif qui assure le direct live de tous les matches ainsi que la mise à disposition de vidéos, via LNB TV. »

Basket Info : Pour finir, que penser du projet fou d’un Real Madrid en NBA dès 2009 ?

René Le Goff : « Je regarde ça depuis longtemps. Il y avait déjà eu une poussée de fièvre dans les années 90, notamment au moment de l’Open McDo 97 à Bercy. J’avoue franchement que les contraintes sont énormes, tant le ticket d’entrée que le coût annuel et je vois pas la chose possible à un horizon raisonnable. Je regarde toutefois ça avec intérêt. La NBA fait rêver et permet de repousser la barre plus haut. »

« Coubertin, c’est l’horreur de l’horreur »

Basket Info : Vous avez été président du club de la capitale. Que manque-t-il au basket parisien ?

René Le Goff : « Le problème numéro 1 à Paris, c’est la salle. Tant que les élus n’auront pas compris que les sports co doivent avoir des salles permanentes... Le stade Coubertin, c’est l’horreur de l’horreur, il y a toujours quelque chose. Tir à l’arc, taekwondo, judo quand c’est pas du tennis. Et il faut aussi partager avec le hand. Ça ne peut pas marcher, faut arrêter. »

Basket Info : Qu’est-ce qu’il faut faire ?

René Le Goff : « Paris a besoin d’une salle moderne de 9000 places toute à lui. Pour les grands évènements, il peut migrer à Bercy. Lors de la campagne municipale de 2002, on proposait avec Philippe Seguin l’édification d’une salle de 7000 places. Maintenant, avec les règles de l’Euroleague, faudra faire un peu plus grand. »

Basket Info : La majorité actuelle envisage plutôt un Super Dôme à moyen terme. Quel est le projet de l’UMP (NDLR : son parti) ?

René Le Goff : « Pour l’instant, ça a été rangé au placard effectivement. Le projet de la porte de la Chapelle conçu pour Paris 2012 n’est plus d’actualité. J’en veux autant à la gauche qu’à la droite sur ces dossiers. Il faut pourtant qu’ils comprennent que le développement économique d’une ville passe par celui du sport de haut niveau. Cela génère des ressources supplémentaires, ne serait-ce que le tourisme. Il n’y a pas que la culture. »

Basket Info : Le rugby aussi réclame un nouveau stade...

René Le Goff : « L’exemple de Max Guazzini doit nous servir. A force de travail et de résultats, il faut qu’on puisse convaincre les collectivités de quitter Coubertin. Ce lieu est sinistre, c’est ahurissant. Il y a dix ans, j’étais considéré comme un fou quand, en tant qu’élu, je réclamais un stade de rugby. Maintenant, c’est une évidence. Le problème à Paris, c’est qu’on doit gérer l’héritage de Charléty, qui ne sert à rien, est mal conçu et où les spectateurs ne prennent pas de plaisir. »