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N1 – Levallois : Teva Johnson en interview.

lundi 21 octobre 2002

L’arrière des banlieusards de Levallois, Teva Johnson, nous a accordé ces derniers jours une longue interview...

Fred : Après un an sans jouer, tu reviens en France. La Nationale 1 était pour toi la meilleure division pour un retour ?

image 200 x 300Teva : Je n’avais pas prévu de prendre une année sabbatique, mais le sud de la Californie est une région si agréable qu’on n’a pas envie de la quitter ! Je plaisante, bien sûr, mais c’est un peu vrai ! Ceci dit, je savais qu’il fallait que je vienne en Europe si je voulais continuer ma carrière de basketteur. Mais à cause du 11 septembre, j’ai décidé de ne pas quitter mon pays et de rester en Californie. En Janvier 2002, j’ai été contacté par quelques équipes de Pro B et par Bourg en Bresse, mais j’étais bien là où j’étais. Cette année sabbatique m’a permis d’améliorer mon basket. Le fait de venir jouer en Nationale 1 est un test pour moi, mais cela ne correspond pas à mon véritable niveau. Je sais à quel niveau je suis capable de jouer, mais comme le basket est à la base un sport d’équipe, la carrière individuelle d’un joueur est très dépendante des résultats de son équipe. Ce n’est pas parce qu’une équipe ne réalise pas de bonnes performances que les joueurs qui la composent sont mauvais. On peut avoir un très bon roster, si la sauce ne prend pas, l’équipe ne jouera pas à 100% de son potentiel. C’est aussi simple que ça. Vous pouvez avoir 5 superstars dans votre équipe, mais il ne faut pas oublier qu’il n’y a qu’un ballon sur le terrain. Dans une équipe, les role players sont aussi important que les Michael Jordan. Je sais que j’ai le niveau pour jouer en Pro A. Tout dépend de la confiance qu’on a en soi-même, mais cela ne suffit pas : cela demande beaucoup de travail, de détermination, et aussi un peu de chance !

Fred : Comment as-tu vécu ce retour à la compétition ?

Teva : L’année que j’ai passée en Californie m’a permis de réfléchir à la direction que je voulais faire prendre à ma carrière de basketteur. Comme j’étais blessé au pied, la décision de rester en Californie a été un peu plus facile à prendre. Même si je n’avais pas de club, j’ai pu m’entraîner avec des universités pour ne pas perdre ma compétitivité et améliorer certains aspects de mon jeu. J’ai soulevé de la fonte et j’ai beaucoup amélioré mon shoot. Comme je suis américain, je pense que mon jeu est certainement plus adapté à un basket rythmé et rapide. J’ai une mentalité de shooteur depuis qu’un coach m’a dit qu’on manquait toujours 100% des tirs qu’un ne prenait pas. Aux Etats-Unis, j’ai une réputation de shooteur en première intention, mais ce n’est pas très bien vu en Europe (à moins que le tir ne soit réussi, bien entendu). Après beaucoup de discussions et de séances sur le terrain, l’entraîneur et moi devons nous accorder sur la manière dont je dois jouer pour apporter le plus de choses à l’équipe. C’est au coach de découvrir les points forts de ses joueurs et de les utiliser à bon escient. A ce niveau, il est impossible de changer le style de jeu d’un joueur expérimenté. Soit vous l’utilisez avec ses forces et ses faiblesses, soit vous en engagez un autre. Les Team Managers qui ne sont pas contents des performances de certains joueurs ne doivent pas oublier que le basket est un jeu : des fois on perd, des fois on gagne ! Ca fait partie du jeu. Quand les présidents nous mettent la pression, ça ne peut que faire empirer les choses. Il faut être patient. Ce sont les échecs qui pavent la route de la victoire.

Fred : Levallois est une équipe ambitieuse et tu es défini comme un des défenseurs de cette équipe, qu’en penses-tu ?

Teva : Je suis content que tu me poses cette question. La réponse est : oui, je suis une pièce importante du puzzle cette année. Mais à cause des problèmes de santé que j’ai connus au training camp en août dernier, je dois bien admettre que je n’avais jamais passé autant de temps sans toucher un ballon. Aujourd’hui, je ne suis toujours pas au niveau auquel je voudrais être. Ce n’est pas facile de revenir au plus haut niveau, car le repos fait partie intégrante de la progression d’un sportif. Je fais 4 séances de musculation par semaine et je m’entraîne très dur. C’est comme si je voulais rattraper le temps perdu depuis mon opération, mais c’est impossible, tant physiquement que mentalement. Je commence à m’en rendre compte, même si je n’ai pas envie de l’admettre. Je sais maintenant qu’il faut que je prenne les choses les unes après les autres. L’aspect psychologique est aussi très difficile. C’est dur de conserver la confiance en soi, surtout quand rien ne semble aller comme vous le voulez. Je suis quelqu’un pour qui seule la perfection est acceptable. En arrivant au camp d’entraînement de Temple sur Lot, en août, je me sentais très bien et très en confiance. Mais à la moitié du camp, j’ai eu un problème à l’estomac, un truc lié à une opération que j’avais subie étant gamin. A l’hôpital, les docteurs m’ont dit qu’ils n’avaient d’autres choix que de me réopérer. Sans entrer dans les détails, ça m’a mis sur la touche pendant 6 ou 8 semaines. Ca a été très dur à avaler, parce que je savais que mon équipe avait besoin de moi, comme moi j’avais besoin d’elle, pour qu’on puisse se développer et devenir ce qu’un site web avait appelé la « Dream Team de N1 ». Ca a stoppé net ma progression côté basket. Notre pivot Eric Bilon était en pleine rééducation pour son genou, et d’autres joueurs ont eu des petites blessures pendant le camp, ce qui fait qu’il ne restait plus grand monde de valide pour s’entraîner. Pendant cette période, on a essayé un nouvel Américain, mais finalement on ne l’a pas signé. Donc vous voyez le tableau : pas d’Américain, Eric en rééducation, et moi out pour au moins un mois et demi. Ca faisait qu’il manquait pas mal de pièces du puzzle au moment de construire l’équipe. Maintenant, la saison a commencé, on a déjà deux défaites au compteur, mais malheureusement, seule la victoire compte aux yeux des dirigeants (ce que je comprends parfaitement). Les médecins du club m’ont autorisé à revenir sur les parquets durant la semaine de notre deuxième match, mais il savait, tout comme moi, que je n’étais prêt à revenir ni physiquement ni mentalement, ni à être très utile à l’équipe. Le coach m’a fait entrer en jeu quelques minutes au cours du troisième match contre Sablé, mais je me suis pris un sale coup. Mon premier réflexe a été de regarder si ma cicatrice ne s’était pas réouverte, mais heureusement elle avait tenu le coup. Offensivement, je n’ai pas été très efficace. Je m’en doutais, parce que le docteur m’avait dit qu’il me faudrait trois bons mois pour revenir à mon niveau. On a perdu nos cinquième et sixième matches, contre Nanterre et Angers. Mais comparés à nos quatre premiers matches, Nanterre et Angers étaient supérieures non seulement aux équipes qu’on avait rencontrées mais également à notre propre équipe. Notre niveau de basket n’est pas aussi élevé que nous le souhaiterions à ce stade de la compétition, on le sait parfaitement. J’ai horreur de dire ça, mais il est vrai qu’on a deux ou trois bonnes excuses à avancer. On a peut-être gagné nos quatre premiers matches, mais nos deux dernières défaites sont à mon avis un signe qui nous montre qu’on doit se réveiller. J’espère que toute l’équipe a entendu le signal d’alarme. On sait parfaitement qu’on est capable de faire beaucoup mieux que ça. Pour l’instant, notre 5 majeur comporte 2 joueurs déjà présents l’an dernier qui ont énormément contribué aux quatre premières victoires cette saison. Nasser Loubibet et Jean-Marc Dupraz ont été forcés de jouer ces matches quasiment sans sortir du terrain. Maintenant, c’est au coach de trouver le moyen de les laisser souffler et de laisser rentrer les gars du banc si on veut concourir pour le titre. Je voudrais souligner l’apport crucial des remplaçants, comme par exemple Farid Haif, lors de nos deux premières victoires. Son jeu est plein d’énergie et il apporte une dimension physique supplémentaire à l’équipe. Farid était lui aussi dans l’équipe l’an dernier. Mais quand on affronte les meilleures équipes de la division, c’est l’état de fraîcheur physique et mental qui fait pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Les grosses pièces du puzzle (Eric et moi) sont en train de réintégrer le 5 majeur, et on est loin d’avoir montré tout ce dont on est capables. Le seul problème, c’est qu’on a vraiment plus de temps à perdre maintenant que la saison est bien lancée. Quand Eric et moi seront revenus à 100% et que nous aurons complètement réintégré l’équipe, on va pouvoir enfin accomplir les tâches pour lesquelles on avait été engagés.

A mon avis, Levallois va devoir mettre sur le terrain ses 5 meilleurs athlètes défensifs. La défense va être un facteur crucial si on veut décrocher le titre, et rien ne sera possible sans l’apport du banc. C’est vrai que pour l’instant cela peut paraître ambitieux, mais quand toutes les pièces du puzzle seront en place, je pense que notre saison se jouera à quitte ou double.

Fred : Comment le départ surprise de Tetimadingar a-t-il été vécu au sein de l’équipe ?

Teva : Cela a certainement été une surprise pour la plupart des joueurs. Mais en tant que coéquipier, je voyais bien que Liberto n’avait pas la tête 100% au basket. Mais quelles qu’aient été ses raisons, il va nous manquer. Je lui souhaite beaucoup de succès dans la suite de sa carrière. S’il s’implique vraiment dans ce qu’il veut faire, je suis sûr qu’il réussira, qu’il décide d’ouvrir un restaurant chinois (c’est une blague entre nous), de continuer dans le basket, ou dans n’importe quoi d’autre. Je lui souhaite bonne chance.

Fred : Quelle est ton ambition personnelle pour cette saison 2002-2003 ?

Teva : Je n’ai pas vraiment d’ambition personnelle cette année. J’espère juste que notre équipe va remporter assez de matches pour monter en Pro B. Tout va dépendre de l’équipe. Si j’avais voulu gagner tout seul, j’aurais fait une carrière de golfeur ou de tennisman. Tout le monde sait qu’il n’y a pas de place pour les individualités en basket.

Fred : Tu as connu une expérience en Angleterre (Manchester), ta carrière est dorénavant en France ou plus tournée vers l’étranger ?

Teva : J’aime beaucoup voyager, et je ne peux pas dire que je passerai la fin de ma carrière en France. Mais qui sait ? L’Espagne, la France, l’Italie, ce sont des pays vraiment très proches les uns des autres. Mais il faut bien avouer que la nature et la taille des contrats sont ce qui importe le plus dans une carrière sportive, spécialement au début.

Fred : Merci et bonne chance pour ta saison sous tes nouvelles couleurs.

Un grand MERCI à Frédéric GRUT pour la traduction...