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L’évaluation des joueurs : comment ça marche ?

samedi 21 mai 2005, par Dr Naoun

L’évaluation des joueurs de basket est souvent utilisée par la presse pour comparer les performances à l’issue d’une rencontre ou à la fin d’une saison. Elle permet d’avoir une idée de la valeur d’un joueur et peut être intéressante lors d’un recrutement ou pour une sélection.

Pour être valide, cette évaluation doit être rigoureuse, équitable, reproductible, compréhensible et simple. Elle exige un pointage très précis des faits et gestes de chaque joueur et peut demander la mobilisation de plusieurs personnes : en 40 minutes, on peut enregistrer par exemple 50 tirs à deux points, 20 tirs à trois points, 25 lancers francs, 30 rebonds, 5 balles perdues, 2 contres et 30 fautes personnelles dans chaque camp ce qui représente en tout plus de 320 évènements, soit en moyenne 8 par minute ou un évènement toutes les 7 secondes. Lorsque les scores sont très importants ou les matches très heurtés, on peut enregistrer un évènement toutes les 5 secondes ! On peut préparer un tableau avec des cases à cocher ou utiliser un ordinateur portable correctement programmé. Dans tous les cas, il faut raison garder et ne pas vouloir tout comptabiliser : le basket comme beaucoup de sports est assez simple : pour gagner, il suffit de marquer plus de points que l’adversaire, ce qui suppose une bonne adresse, une défense rigoureuse et une application de tous les instants pour éviter les pertes de ballons. Les paramètres à prendre en compte pour l’évaluation peuvent être le nombre de points inscrits, le nombre de rebonds pris, la quantité de contres et de balles perdues. On peut aussi tenir compte du temps de présence sur le parquet, du pourcentage de réussite aux tirs, des fautes personnelles, du nombre de passes décisives et d’interceptions.

L’équité voudrait que l’on fasse intervenir la taille car il est plus facile de prendre des rebonds lorsqu’on mesure 210 cm au lieu de 180 cm.

Il existe en réalité ou théoriquement, plusieurs méthodes pour évaluer un joueur :

1° La méthode ultrasimple, à la portée des spectateurs, est l’addition du nombre de points, du nombre de rebonds et du nombre de passes décisives : le tableau ci-dessous en donne un exemple pour quelques joueurs NBA, à l’issue de la saison régulière :

JOUEUR CLUB REB PASSES DECISIVES POINTS EVAL SIMPLE EVAL NBA
NASH Phoenix 3.3 11.5 15.5 30.3 22.08
DUNCAN San Antonio 11.1 2.7 20.3 34.1 25.30
ONEAL Miami 10.4 2.7 22.9 35.6 24.40
KIRILENKO Utah 6.2 3.2 15.6 24.8 21.24
PARKER San Antonio 3.7 6.1 16.6 26.4 16.4
DIAW Atlanta 2.6 2.3 4.8 11.7 6.23
PIETRUS G. State 2.8 1.2 9.5 13.5 7.93

2° Une méthode plus usitée consiste à additionner les points marqués, les rebonds, les interceptions, les contres, les passes décisives et à retrancher du total les balles perdues. Un exemple : un joueur marque 20 points ; prend 5 rebonds ; fait 2 interceptions, 1 contre, 3 passes décisives et perd 3 ballons : son évaluation sera : 20+5+2+1+3-3 = 28. Un autre marque 5 points, prend 10 rebonds, fait 3 interceptions, 2 contres, 1 passe décisive et perd 3 ballons : son score sera : 5+10+2+2+1-3= 17. Dans cette méthode, il est clair que la préférence est donnée au scoreur au détriment du rebondeur. Or, le scoreur avec ses rebonds, ses interceptions, ses contres et ses passes est susceptible de faire marquer à ses partenaires un total théorique idéal de 11*2 = 22 points. Le même calcul fait pour le rebondeur donne : 16*2 = 32 points. Si on ajoute à ces deux totaux les points marqués par ces deux joueurs, on trouvera 42 points pour le scoreur et 37 points pour le rebondeur : la différence est moins importante que ne le montrent les valeurs de l’évaluation. Si on refait les mêmes calculs avec un scoreur et un rebondeur purs, l’évaluation peut s’inverser : 20 points, o rebond, o interception, o contre, o passe, 3 pertes de balles ( 17 à l’évaluation ) d’un côté et 10 rebonds, o points, 3 interceptions, 2 contres, 1 passe, 3 balles perdues ( 13 à l’évaluation ). Si on ajoute le potentiel de points que chacun peut faire marquer par ses partenaires ( 17+0 = 17 pour le scoreur ) et ( 13 + 32 = 45 pour le rebondeur ). Que vaut-il mieux avoir ? Un top scoreur ou un super-rebondeur ?? La réponse n’est pas simple : il faut sans doute avoir des scoreurs qui font autre chose que shooter et des rebondeurs qui participent au reste du jeu.

Le tableau suivant illustre la méthode et la compare avec la méthode NBA :

JOUEUR CLUB REB PD INT BLOC BP PTS EVAL EVAL NBA
GARNETT Minnesota 13.5 5.7 1.48 1.37 2.71 22.2 41.54 31.96
JAMES Miami 7.4 7.2 2.21 0.65 2.26 27.2 42.40 28.24
ONEAL J. Indiana 8.8 1.9 0.57 2.87 2.96 26.1 35.46 28.13
NOWITZKI Dallas 9.7 2.26 1.24 1.53 2.26 26.1 38.57 28.13
STOUDEMIRE Phoenix 8.9 1.6 2.01 1.47 2.36 26.0 36.73 26.76
MARION Phoenix 11.3 1.9 2.01 1.47 1.54 19.4 34.54 25.59
DUNCAN S.Antonio 11.1 2.7 0.68 2.64 1.92 20.3 35.50 25.30
IVERSON Philadelphia 4.0 7.9 2.4 0.12 4.59 30.7 40.53 24.87
ONEAL S. Miami 10.4 2.7 0.49 2.34 2.78 22.9 36.05 24.4
BRYANT LA. Lakers 5.9 6.0 1.3 0.8 4.09 27.6 37.51 24.32
YAO MING Houston 8.4 0.8 0.43 2.0 2.45 18.3 27.48 20.60
GASOL Memphis 7.3 2.4 0.66 1.02 2.52 15.2 28.26 19.86
ALLEN Seattle 4.4 3.7 1.08 0.06 2.19 23.9 30.95 19.45
ILGAUSKAS Cleveland 8.6 1.3 0.68 2.12 2.45 16.9 27.15 19.19
WALLACE B. Detroit 12.2 1.2 2.6 2.6 2.4 19.14 29.00 19.14
PARKER S. Antonio 3.7 6.1 1.23 0.05 2.69 16.6 24.99 16.44

Le rôle des balles perdues et des interceptions est faible car la différence entre les joueurs dans ce domaine est peu significative. Les contres ne concernent, dans la majorité des cas, que les pivots de grande taille qui sont peu nombreux. Les paramètres les plus significatifs restent les rebonds, les passes décisives et le nombre de points marqués. La méthode proposée privilégie les scoreurs et les joueurs complets alors que la méthode NBA sanctionne davantage les erreurs : balles perdues, maladresse aux tirs.

3° La méthode NBA utilise une formule mathématique multiparamétrique simple mais demandant un pointage beaucoup plus complet des évènements :

→ La formule utilisée est la suivante :

EFF = [ (( PTS+REB+PD+INT+BLOC )) + (( TT-TM ) + ( LFT-LFM ) - BP )) ] / MJ

- EFF : efficiency : évaluation

- PTS : nombre total de points marqués dans une compétition

- REB : nombre total de rebonds pris dans une compétition

- PD ( AST ) : nombre de passes décisives dans une compétition

- INT ( STL ) : nombre total d’interceptions dans une compétition

- BLOC ( BLK ) : nombre total de contres dans une compétition

- TT ( FGA ) : nombre de tirs tentés dans une compétition

- TM ( FGM ) : nombre total de tirs ratés dans une compétition

- LFT ( FTA ) : nombre total de lancers tentés dans une compétition

- LFM ( FTM ) : nombre totale de lancers ratés dans une compétition

- BP ( TO ) : nombre totale de balles perdues dans une compétition

- MJ ( G ) : nombre de matches joués dans une compétition

4° Les autres éléments :

Tous les paramètres ne peuvent être mis en équation : il existe des éléments importants et même parfois primordiaux qui peuvent valoriser un joueur :

- sa valeur marchande, bien sûr

- son influence sur le groupe

- son charisme et son histoire dans un club

- le caractère spectaculaire de son jeu ( flashy )

- son efficacité " virtuelle " : un grand pivot peut, sans prendre de rebonds, sans faire de contres, dissuader les tireurs et les obliger à tirer de loin, ce qui augmente les déchets.

6° Les sélections pour les All Stars Games :

Les sélections pour les ASG sont des opérations publicitaires : elles ont pour buts de produire du spectacle et de l’argent en attirant sponsors et télévisions. Elles servent aussi, pour la NBA, à faire sa promotion dans la planète entière pour vendre ensuite images et produits dérivés. On y retrouve les basketteurs les plus renommés au sens médiatique du terme et pas forcément les meilleurs joueurs au sens européen, sinon, il suffirait de prendre les classements en fonction de l’efficiency, ce que les Américains font très bien pour les JO avec les sélections sur le terrain. D’ailleurs, le mode de désignation reste opaque : le public vote, les entraîneurs votent et on peut très facilement voter par le Net des dizaines de fois pour les mêmes joueurs : aucune vérification des votes ne semble être mise en place ! La NBA ne dit pas non plus ce qu’elle fait de ces votes : il peut s’agir simplement d’un leurre lucratif par les ristournes que font les opérateurs sur les connexions.

7° Les sélections nationales :

Le mode de désignation des basketteurs pour constituer les équipes nationales relève d’une savante alchimie qui fait intervenir les qualités spécifiques des joueurs, leur forme physique du moment, leur motivation, leur adaptation au groupe, leur caractère et leur entente avec l’entraîneur. Il s’y ajoute souvent des paramètres financiers (assurances, primes) et aussi le bon vouloir de leurs clubs. Il est rare qu’une équipe nationale puisse disposer de ses meilleurs joueurs en même temps.