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Elections fédérales : entretien avec A. Serri, candidat au comité directeur

mardi 2 décembre 2008, par Jérôme Garnier

Sa prise de position dans l’Est Républicain la semaine dernière n’est pas passée inaperçue. Rares (trop !) sont les élus qui sortent du politiquement correct conventionnel pour livrer leurs opinions, et assumer leurs prises de position. A. Serri est de ceux là. Ancien président de la ligue régionale de Lorraine, et ancien élu au comité directeur ainsi qu’au bureau fédéral de la FFBB, il nous livre aujourd’hui son avis, clair et argumenté, à l’approche des échéances du 13 décembre.

Entretien...

Que pensez vous de la dérive liée à la politisation des débats, dont un lien fort rattacherait la FFBB à l’Etat ?

Une chose est évidente et doit rester présente à l’esprit : l’Etat doit jouer un rôle « normal », en lien avec la délégation de mission de service public qui est faite aux fédérations. Il a de ce fait un regard légitime sur le travail effectué en lien avec les financements publics. Son rôle est également légitime sur la santé publique, notamment dans la lutte contre le dopage.

En revanche, une possibilité d’interférence du politique (droite comme gauche !) est très inquiétante. Si un président devait être « adoubé » par l’Etat, quid en cas de changement de majorité politique ?

Autre lien avec l’Etat à préciser : les principaux ressorts du basket sont les conseillers techniques sportifs (CTS) qui sont des cadres d’Etat, mis à disposition des fédérations sportives. Si demain le contrôle de l’Etat sur les fédérations était plus important, on pourrait assister à la mise en péril de la dispo de ces cadres. Se poserait alors le problème du « maillage basket » du territoire, et tout le monde en souffrirait. Le problème ne concerne pas que le président de la fédération, l’ensemble de la pyramide basket est concernée et doit être vigilante sur cet aspect.

Dernier point : Il me parait important de dénoncer une grave interférence de l’Etat qui est la volonté de limiter les mandats de présidents de fédération à 2, ce qui me semble anti démocratique.

Quelles doivent être , pour vous, les qualités premières d’un président de Fédération pour qu’il soit représentatif de l’ensemble de ses licenciés ? Comment situez vous F. Jugnet vis-à-vis de ce que doit être un vrai président rassembleur, comme doit l’être celui d’une fédération sportive ambitieuse comme la notre ?

3 qualités me semblent essentielles. Tout d’abord, être capable envers et contre tout de maintenir au sens large l’indépendance de sa fédération : il ne faut pas, pour un président, se laisser bousculer et/ou réagir à l’affect.
Ensuite, il faut être capable de représenter sa fédération face à toutes les instances ou interlocuteurs, publics ou privés. Autrement dit, savoir faire du lobbying.
Enfin, et c’est aussi essentiel que le reste, un bon président doit avoir du charisme, et doit illuminer, par sa présence, la vision qu’il porte du basket.

Concernant F. Jugnet, je tiens à préciser que mes propos ne visent pas l’homme en lui-même, mais sa fonction d’élu. Il a pour lui des qualités qui sont un sens du travail et de la disponibilité réels. En témoignent ses facultés à répondre à des e-mails à toute heure. Ces qualités ne sont pas forcément suffisantes pour aspirer à la plus haute fonction fédérale. Un président se doit d’être rassembleur, et d’appréhender le basket dans sa globalité. Il doit être fédérateur, et créer une dynamique dans les gestion des gens. Il doit également être capable de sentir les évolutions de la société. Selon moi, F. Jugnet ne possède pas ces qualités essentielles, et me paraît plus diviseur que rassembleur.

Il a, de plus, une vision extrêmement conservatrice de la gestion de notre sport et de sa pratique. Il s’oppose à la nouveauté qu’ont su exploiter d’autres fédérations en explorant de nouvelles mises en pratique ou de nouvelles approches. Notre mission de service public, en tant que fédération, est d’essayer de s’adapter au plus grand nombre.
F. Jugnet est un élu compétent, mais n’a pas la stature d’un président.

Pensez vous qu’Yvan Mainini puisse, en s’entourant à la fois de nouveaux et d’anciens membres élus, donner un nouveau souffle au basket Français après 4 mandats ?

On aurait pu croire, de prime abord, que ma démission du comité directeur et du bureau fédéral (cf interview dans l’Est Républicain) était orientée contre l’homme lui-même. C’était surtout contre les idées conservatrices sclérosant la FFBB en interne, et prenant le pas sur le reste.

Y. Mainini a bien perçu une « grogne » de la base des licenciés, et s’emploie à une volonté de changement dans le mode de gouvernance. Il envisage par exemple la mise en place d’un nouvel organigramme, pour ne plus être l’interlocuteur unique. Il souhaite également avancer sur le relationnel avec la LNB. On parle réellement d’une volonté de nouvelle gouvernance.

YM souhaite également travailler sur la pyramide fédérale -FFBB/zones/ligues et comités-, et la « pertinence des périmètres de compétence » : faire en sorte par exemple que la limite géographique ne soit plus obligatoirement la limite administrative. Je prends comme illustration par exemple l’éloignement de clubs, qui, malgré qu’il soit très réduit, leur empêche de se rencontrer, puisqu’ils « n’appartiennent pas » à la même entité fédérale.

Le statut des joueurs français en formation ou en devenir est également un champ de réflexion important pour lui. Les quotas de joueurs ne sont pas forcément, je pense, la solution à haut niveau, où la préoccupation légitime et logique est avant tout d’avoir des résultats. Seule la victoire compte. Il faut donc trouver un terrain d’équilibre solutionnant l’évolution des joueurs nationaux vers le plus haut niveau. Je m’interroge sur l’opportunité que pourrait représenter un
nouveau secteur promotionnel pour ces joueurs.

Enfin, j’ajoute qu’il est à mon sens faux de penser que l’on peut actuellement avoir un déficit d’image auprès de la FIBA par le biais de notre président. YM, je l’ai constaté, a une liberté de parole avec la FIBA et des relations que peu ont, et surtout personne en France. Un changement brusque de la part de la FFBB plus qu’un changement en lui-même pourrait cependant avoir un impact négatif avec la FIBA.

Quel est votre avis sur le bilan du travail de la DTBN ?

C’est un point essentiel, au même titre que l’organisation sportive, pour une fédération. Il y a aujourd’hui un amalgame qui rend JPDV responsable de choses dont il n’est pas. Les filières de formation de cadres et de joueurs fonctionnent bien, et c’est à mettre au crédit du DTN et de son équipe. Les équipes de France jeunes sont performantes, et on peu juger là de l’impact des CTS et de leur énorme travail, dont je parle plus haut. Ces jeunes joueurs sont issus de la
base des licenciés. Une remise en question de la fonction des CTS serait dramatique. Ma crainte actuelle est que l’Etat bascule ces cadres en cadres de droit privés auprès des fédérations, par le biais des contrats d’objectifs. Si cela se présente, il faut lutter et ne pas accepter ce transfert budgétaire !

Les CTS font plus qu’encadrer les pôles, et sont impliqués au niveau local, un président de fédération doit être en conscient et défendre tout cela.
Concernant l’EDF senior, la question est différente. Comme le dit un article publié sur votre site, à quelques détails prêt, le bilan pourrait être totalement différent aujourd’hui. Par contre, aucun membre du CD fédéral ne peut se dédouaner des résultats ni surtout du choix de l’entraîneur, puisque ce dernier a été nommé avec accord des membres du CD. Le CD est décideur !

Il est facile également de critiquer le relationnel avec la NBA, mais c’est sans doute ce qu’il y a de plus dur à mettre en place, tant les enjeux économiques sont énormes. La politique sportive a également un rôle important dans les résultats de l’EDF.

Dernier point, je pense qu’aujourd’hui l’EDF masculine a besoin d’un entraîneur fédérateur, de haut niveau, d’où qu’il soit et quelles qu’en soient ses origines ! Là encore, je m’oppose à F. Jugnet et sa vision réductrice et conservatrice des choses.

Quel est votre avis sur le bilan des actions en faveur de l’arbitrage, et de la formation des officiels, en tant qu’ancien responsable ?

Je pense que les instances font un travail qui porte ses fruits. La charte de l’arbitrage mise en place il y a quelques temps est un bon outil, et il faut lui laisser du temps. Des projets comme la formation des jeunes officiels par le biais des écoles d’arbitrages sont très porteurs également, puisqu’ils permettent aux licenciés de se former dans un cadre différent. Cela valorise le travail des clubs, de la base et des bénévoles associatifs. C’est positif !

Que pensez vous pouvoir apporter, si votre retour au comité directeur de la FFBB se concrétisait ?

Une vision et une analyse critique constructive, mais avec une indépendance totale d’esprit et de parole. C’est la qualité essentielle d’un élu, à mon sens.
Ma réflexion se porterait sur 3 pistes : Réfléchir au basket de demain, à l’évolution des pratiques et à l’offre basket tout d’abord. Se pencher sur les rouages de la pyramide fédérale (voir plus haut), ensuite. Enfin, étudier l’organisation du basket professionnel, ainsi que son évolution.

Une question que vous auriez aimé que l’on vous pose ?

La voici : Regrettez vous d’avoir démissionné du comité directeur et du bureau fédéral ?
Sans hésiter, oui, car malgré la liberté de parole et l’indépendance d’esprit que je revendique, si la chaise qu’on occupait est vide, on a tort sur le fond et l’on est perdant. Face aux mêmes personnes, je me garderai bien de faire deux fois la même erreur !